La petite robe noire en deuil...

La petite robe noire, aujourd'hui considérée comme un classique du vestiaire féminin, n'est pas seulement une représentation simple de l'élégance française.

Au début du XIXe siècle encore, le noir est réservé aux veuves, domestiques et religieux. Et si on remonte plus loin encore dans le temps, on saura que les étoffes noires étaient les moins chères (les couleurs avaient alors un prix). Le noir habillait majoritairement les classes sociales les plus pauvres. Mais à partir de la fin de la Première Guerre Mondiale, la robe noire devient un habit du quotidien pour toutes. Couleur du deuil, couleur dans laquelle toute autre se perd et s'efface, les stylistes comprennent : les femmes ne cherchent plus à exhiber richesse, originalité ou beauté. Touchées par la perte des maris, des enfants, des parents, d'une partie de leur peuple, elles s'unissent et se confondent par ce même vêtement car, face à la violence et la mort, les sentiments de peur, de chagrin et d'impuissance sont les mêmes pour tous. Les stylistes redessinent ce modèle à plusieurs reprises. Mais c'est Gabrielle Chanel qui, en 1926, lui donnera une allure qu'aujourd'hui encore nous connaissons tous. Simple, courte et à manches longues, elle apparaît à la première page de la version américaine du magazine Vogue, qui déclare alors que la femme moderne est née. La sortie de cette petite robe noire fait polémique : elle est dite trop courte et audacieuse pour symboliser le deuil et la tristesse.

Aujourd'hui portée pour toutes occasions, la petite robe noire plaît pour sa simplicité et son chic, sa désinvolture élégante. De nombreuses personnalités, comme par exemple Audrey Hepburn, l'ont arborée.

Les récentes attaques terroristes ont malheureusement laissé place, une nouvelle fois, au noir. A Paris, la petite robe noire ne sort pas s'amuser. La noirceur est partout, pourtant. Dans nos cœurs, nos esprits, et puis elle domine les unes des magazines. Si la robe noire est portée ces jours-ci, ça ne sera que pour les mêmes raisons qu'il y a de cela presque un siècle. Ça ne sera que pour exprimer notre soutien et notre souffrance face aux événements. Mais surtout pour laisser place à une craie blanche, qui écrira la suite de notre histoire.