Frida Kahlo : "Elle a passé sa vie à mourir" (Andrés Henestrosa)...

Frida Kahlo, peintre mexicaine mondialement connue avec son mari Diego Rivera, est née le 6 juillet 1907 dans un faubourg de Mexico appelé Coyoacán. C'est d'abord une jeune fille émancipée : elle ne veut pas suivre le même parcours que les autres femmes mexicaines! Elle commence donc des études et s'intéresse à la politique dans un pays en pleine révolution. Mais un jour tout bascule : elle est victime d'un accident de bus alors qu'elle se rend à l'université...Frida-Kahlo1 Pendant sa longue convalescence, pour échapper à l'ennui et à la douleur, elle commence à peindre avec des pinceaux et des couleurs à l'huile prêtés par son père et à l'aide d'un chevalet fabriqué spécialement pour s'adapter à son lit. Dès que son état de santé lui permet de quitter la maison, elle fait la connaissance d'une série d'intellectuels et d'artistes gauchistes. Dès 1928, elle s’engage dans le parti communiste mexicain pour s'occuper de l'émancipation des femmes, dans un pays encore troublé et instable, et où l’homme a toujours une position machiste. La même année, elle rencontre enfin Diego Rivera. Ils tombent tout de suite amoureux et se marient un an plus tard, un 21 août. En 1939 elle divorce de Riviera pour se remarier avec lui un an plus tard. Elle meurt en 1954 après de nombreuses souffrances. (Si vous souhaitez connaître plus en détails cette vie passionnante, une biographie lui est dédiée et est disponible au CDI.)

 

Les deux Frida

Cette toile fut réalisée par l'artiste mexicaine en 1939. Âgée de 32 ans, l'artiste divorce cette année-là de Diego Rivera, avec qui elle vit depuis dix ans. Frida ne souhaite pas ce divorce et c'est une vraie déchirure pour l'artiste. Elle se réfugie dans le travail et peint énormément de toiles cette année-là, notamment ce double portrait, qui évoque cette période difficile dans sa vie. Les deux Fridas Ce tableau illustre la douleur ressentie par l'artiste au moment de sa séparation avec le fresquiste Diego Rivera. Dans son journal, au sujet de ce tableau, l'artiste évoque une amie imaginaire qu'elle s'inventait plus jeune lorsqu'elle avait des problèmes. Dans cette optique, il apparaît que la Frida de gauche, blessée, se raccroche à la Frida de droite, son amie imaginaire, forte et réconfortante, qui lui insuffle la vie dans une période difficile. Ces deux portraits représentent l'artiste sous deux aspects différents : celui de la femme mariée à droite et celui de la femme divorcée à gauche. Parallèlement, ces deux portraits dévoilent deux côtés de sa personnalité : son côté féminin et fragile à gauche et son côté masculin et fort à droite.     A droite, Frida s'impose comme l'épouse mexicaine, sans apparat. Sa robe, costume traditionnel de la ville de Téhuantepec, symbolise le système matriarcal mis en place dans ce village. Jambe écartée,  la moustache marquée, l'ombre du menton dessinant un semblant de bouc, elle apparaît au spectateur comme une femme ayant pris le rôle de l'homme dans le ménage. Elle tient littéralement dans sa main son mari qui est représenté comme un enfant. Elle fait donc ici figure d'autorité et emprunte le rôle de mère, rôle qu'elle ne peut pas tenir dans sa vie réelle. A cette vision bipolaire de l'artiste se superpose un entrelacs de veines. En regardant de plus près, on remarque que le cadre du portrait de son époux est formé par une veine reliée au cœur de la Frida de droite. Ce portrait de Diego est paradoxalement une partie nécessaire à son organisme pour se maintenir en vie. Sans lui, comme c'est le cas dans le portrait de gauche, Frida perd son sang comme elle perd ses couleurs. Robe blanche, visage blafard, le "cœur brisé", cette Frida de gauche a dorénavant perdu son identité d'épouse. Si Frida Kahlo utilise ses organes pour exprimer sa souffrance, c'est sans aucun doute lié aux multiples interventions chirurgicales qu'elle a subies tout au long de sa vie. De façon paradoxale, elle tire de ces souffrances corporelles sa force mentale et s'en sert comme image de ses blessures psychologiques. C'est son organisme qui raconte son histoire et ses tourments dans la plupart de ses tableaux.   Amélie Blanc, fan inconditionnelle de Frida Kahlo.